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Impact de la crise ukrainienne sur le Burkina : Le CERADESI recommande une prise en charge des plus vulnérables

- La recherche-action pour le développement

Impact de la crise ukrainienne sur le Burkina : Le CERADESI recommande une prise en charge des plus vulnérables

Ce mardi 16 mai 2023, à Ouagadougou, le Centre d’études et de recherche action pour le développement économique et social intégré (CERADESI) a présenté son rapport d’étude relatif à l’évaluation de l’impact de la crise en Ukraine sur le Burkina Faso. Ce, en vue d’apporter sa contribution à la réduction du nombre d’enfants et de femmes affectés par le conflit russo-ukrainienne au pays des hommes intègres. Cette étude est financièrement soutenue par l’UNICEF, le Fonds des nations unies pour l’enfance.

La guerre en Ukraine a un impact considérable sur l’économie mondiale. Au Burkina Faso, la crise russo-ukrainienne a occasionné ces derniers mois une hausse importante des prix des denrées alimentaires de première nécessité, réduisant davantage le pouvoir d’achat des citoyens. Cet état de fait a démultiplié le nombre de Burkinabè en situation de pauvreté (40% vivant en dessous du seuil de pauvreté) qui était déjà non négligeable avec la crise sécuritaire que traverse le pays.

Selon le rapport 2021-2022 de l’Indice du développement humain (IDH) du PNUD, le Burkina Faso est classé 184e sur 191 pays, rappelle le Centre d’études et de recherche action pour le développement économique et social intégré (CERADESI). Son étude relative à l’mpact de la guerre russo-ukrainienne sur le Burkina Faso vise à analyser ses effets néfastes, notamment la hausse des prix des denrées de première nécessité qu’elle a engendrée, sur les ménages burkinabè.

Pour ce faire, le CERADESI indique avoir fait usage des techniques de microsimulation pour l’analyse des effets de la forte hausse des prix (notamment en 2022), sur la pauvreté des ménages. Mais aussi sur la malnutrition des enfants, la sécurité alimentaire, ainsi que l’accès à des services sociaux de base comme l’éducation et la santé.

Ainsi, une population virtuelle, représentative de la population du Burkina Faso a été créé, et sur laquelle les simulations ont porté. Les principales caractéristiques de cette population virtuelle sont le sexe, le lieu de résidence (urbain ou rural), l’état de pauvreté, la fertilité des femmes, la mortalité, la fréquentation scolaire, le statut nutritionnel pour les enfants de moins de cinq ans, la fréquentation des formations sanitaires…

« En dépit des réformes et des efforts consentis par le pays, en particulier dans la promotion des services sociaux de base, le déficit persiste du fait, d’une part, de la forte demande consécutive à la croissance démographique rapide (une croissance de 357,6% entre 1960 et 2021) », explique Adama Ki, représentant la direction exécutive du CERADESI.

« Pire encore, les personnes se déplacent vers des communautés qui connaissent aussi des besoins humanitaires très importants, engendrant une forte pression communautaire », Adama Ki, représentant la direction exécutive du CERADESI

Ce déficit s’explique également selon M. Ki, par les possibilités d’offres qui sont quasiment très limitées. Toute chose qui a pour conséquence, mentionne-t-il, une répartition inéquitable des ressources publiques surtout en faveur des groupes sociaux les plus défavorisés, à savoir les femmes et les enfants.
Estimé à 3,9% en 2021, le taux d’inflation est passé en moyenne à 14.08% en 2022, selon l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), relève-t-il. Puis de souligner que cette inflation est étroitement liée à la hausse des prix des produits alimentaires, la baisse des stocks céréaliers et l’impact de la crise russo-ukrainienne sur les prix des produits importés.

Afin de comprendre ce phénomène le CERADESI a retenu de son étude trois scénarii. Le premier scénario dit scénario sans crise (scénario de référence), simule le comportement probable des agrégats économiques et des ménages en l’absence de la guerre en Ukraine et de l’inflation qui en a résulté.

« L’impact du conflit russo-ukrainien sur le Burkina Faso, est en partie, lié au fait que tous les pays du monde dépendaient fortement de la production de leur blé », Gustave Nébié, consultant à CEA Consulting

Le deuxième intitulé scénario de crise modérée, quant à lui, reprend essentiellement les hypothèses contenues dans le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuel (DPBEP 2023-2025). Enfin, le troisième scénario, plus pessimiste, dénommé scénario de crise extrême, lui, fait l’hypothèse de niveaux d’inflation élevés sur une plus longue période que dans le scénario modéré, et d’un fléchissement plus marqué de la croissance réelle.

Quelques prévisions de l’étude du CERADESI

En extrapolant les résultats obtenus avec l’échantillon représentatif de 10 000 personnes à l’ensemble de la population burkinabè, le CERADESI dit être parvenu aux données suivantes.

Pour ce qui est de la situation de pauvreté, le scénario sans crise prévoit une réduction du nombre de pauvres de 534 780 personnes d’ici à 2025, comparativement à la situation de 2020, et ce malgré l’accroissement de la population. Le scénario modéré lui, projette un accroissement du nombre de pauvres de 1 489 758 personnes comparativement au scénario sans crise. Tandis que le scénario extrême projette un accroissement du nombre de pauvres de 2 953 510 personnes.

Au niveau des enfants hors de l’école, leur nombre devrait baisser de 261 163 selon le scénario sans crise. Se basant sur le scénario modéré, un accroissement de 173 483 enfants est prévu comparativement au scénario sans crise. Pendant ce temps, le scénario extrême prévoit une hausse de 408 535 enfants.

Concernant l’accès aux services de santé, le nombre de personnes sans accès aux services de base devrait baisser de 334 498 d’après le scénario sans crise, comparativement à 2020. Par contre, leur nombre devrait croître de 1 118 794 et de 2 581 375, respectivement dans le scénario modéré et le scénario extrême, comparativement à celui sans crise.

« Les résultats de l’étude du CERADESI vont permettre à l’UNICEF de mettre à jour l’analyse de la situation des enfants et des femmes au Burkina Faso », Francis Oubda, spécialiste en politique sociale à l’UNICEF Burkina

En matière d’insécurité alimentaire, le scénario sans crise affiche une prévision d’une hausse du nombre de personnes en insécurité alimentaire de 264 096 comparativement à l’année de base, et une augmentation de 1 549 150 et de 2 189 571 respectivement pour le scénario modéré et le scénario extrême.
Enfin, pour ce qui concerne la nutrition, dans le scénario sans crise, le nombre d’enfants malnutris baisse de 136 338. Ce qui n’est pas le cas pour les scénarios modéré et extrême, où leur nombre augmente respectivement de 161 373 et 236 484.

Les pistes de solutions du CERADESI

Au regard de ce qui précède, le CERADESI propose plusieurs scénarios de prise en charge des personnes vulnérables, notamment des programmes de transferts sociaux, afin de limiter les effets néfastes du choc des prix.

À cet effet, trois scenarii de prise en charge ont été testés. Il s’agit d’abord de la prise en charge, pour tous les pauvres, de l’écart entre le revenu moyen des pauvres et le panier minimum nécessaire (MEB) par personne (soit 16 246 – 14 219 = 2 027 FCFA par personne et par mois). Ensuite, du ciblage des enfants de moins de cinq ans dans les familles pauvres, avec une allocation de 45 000 francs CFA trimestriellement par ménage pauvre ayant au moins un enfant de moins de cinq ans. Enfin, une allocation pour les enfants en âge scolaires (de 7 à 16 ans) dans les familles pauvres, avec une prise en charge de 45 000 francs CFA par trimestre et par ménage pauvre ayant au moins un enfant en âge scolaire.

Afin de limiter les impacts négatifs de la hausse des prix sur les ménages les plus vulnérables, il importe de mettre en place des programmes de transferts sociaux (monétaires ou en nature), ciblant les catégories les plus vulnérables conclut le centre d’études.

Pour lui, les femmes et leurs enfants sont les plus affectés par cette crise. Et il importe par conséquent de mettre en place des programmes qui les ciblent tout particulièrement.
Quant aux enfants, plus spécifiquement, des programmes de transferts monétaires pour les ménages les plus pauvres pourraient cibler ceux ayant de jeunes enfants (petite enfance) et des enfants en âge scolaire.

Pour ce qui est particulièrement des femmes, la CERADESI dit constater que leur accès aux services de santé a été fortement impacté. C’est pourquoi, il importe estime-t-il, que le maintien et l’élargissement des mesures de gratuité dans le secteur de la santé pour les femmes et les enfants, sont indispensables aux fins de réduire en partie les coûts de la santé pour cette catégorie.

Présentation du CERADESI

Le Centre d’études et de recherche action pour le développement économique et social intégré est un Centre d’expertise, d’appui-conseil et d’accompagnement de l’État, des collectivités territoriales et des organisations de la société civile etc. C’est un incubateur de méthodes et d’outils d’appui à la gouvernance économique et à la lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité.

Le CERADESI est une association à but non lucratif qui relève des organisations de la société civile. Il est régi par la loi n°064-2015/CNT du 20 octobre 2015 portant liberté d’association au Burkina Faso. Le centre a pour mission de promouvoir la bonne gouvernance économique et financière à travers une meilleure gestion des ressources publiques par le développement et la valorisation de la recherche, des études ainsi que la mise en œuvre de pratiques novatrices sur la gestion budgétaire, la protection sociale et les droits humains.

Lefaso.net

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